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La relation amoureuse au fil du temps

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La relation amoureuse suit-elle un parcours linéaire en trois étapes ? L’anthropologue Helen Fisher, le psychanalyste Serge Hefez  et la sociologie nous montrent que l’amour au fil du temps ne suit pas toujours la même chronologie, pourquoi ? 

Lorsqu’une histoire d’amour démarre, tout se vit en mode d’enchantement et de magie. C’est la phase de fusion et de désir sexuel. Ensuite vient l’amour romantique qui est une phase dans laquelle la personne redouble d’énergie et d’attention envers son et sa partenaire pour concrétiser l’accouplement. La dernière phase correspond à l’attachement où le sentiment amoureux est plus calme et serein. Il va permettre au nouveau couple de rester ensemble plus longtemps pour assumer et mener à terme la mission parentale.

75% des gens donnent plus d’importance au fait d’être aimé qu’à l’acte sexuel …

Helen Fisher définit l’amour comme une pulsion naturelle qui fait intervenir des zones spécifiques du cerveau. Notre Scientifique a observé plus de deux mille cinq cents images de cerveaux de personnes amoureuses. Dans l’une de ses recherches, elle observe que pour 75 % de personnes, se sentir aimer compte plus que l’acte sexuel lui-même. Les résultats de l’imagerie cérébrale ont confirmé que l’amour et le sexe sollicitaient des zones cérébrales différentes. Elle conclue que pour toutes les personnes étudiées, l’amour suit la même chronologie mais que le parcours de l’amour est différent selon les personnes. Il n’y a donc pas de règle, certaines personnes tombent amoureuses sans avoir même eu de rapport sexuel, d’autres commencent par l’acte et l’amour vient ensuite et enfin certaines ne tombent amoureuses qu’après avoir connu de longues années d’amitié.

L’amour est une rencontre entre deux histoires

Rencontre entre deux personnes

Pour Helen Fischer, les histoires d’amour ne suivent pas le même scénario parce que l’amour est une rencontre entre deux histoires, deux expériences et deux personnes qui unissent leurs forces mais aussi leurs points faibles pour tenter le parcours ensemble.

La réussite de la relation amoureuse dépend de la compatibilité des caractères, de l’effort de chacun de s’adapter à l’autre, de l’intensité et de la profondeur des sentiments.

Relation amoureuse : « De la fusion romantique au désir d’indépendance » 

Serge Hefez, psychanalyste a confié dans un article du journal Le monde, qu’au début de la relation amoureuse, le choix qui s’impose à la conscience, est d’abord alimenté par la perception des premières expériences. Puis d’un coup avec une « étrangeté absolue », on se dit « c’est l’homme ou la femme de ma vie » et s’il existe « une réciprocité de sensations et de sentiments, chacun des deux partenaires réorganise son rapport au monde ». Le « nous » devient alors prioritaire sur le « je » et les amoureux vont alors fusionner pour se confondre dans un « nous » collectif.

Deux grands sociologues François de Singly et Serge Chaumier partagent l’idée selon laquelle le couple connait une tension parce qu’il est partagé face au dilemme de l’autonomie et la vie commune.

Accepter de partager les décisions, un choix pas toujours facile

Pour de Singly, ce conflit entre individualisme, indépendance et vie commune se retrouvent dans de nombreuses sphères de la vie sociale, (dans les gestes de la vie quotidienne de façon générale et spécifique à notre société contemporaine). Dans la vie de tous les jours, il arrive que le choix de musique ou celui d’un programme TV ne soit pas partagé par les deux partenaires.

Pour vivre ensemble, chaque personne est amenée à accepter à un moment donné de ne plus décider seule mais d’adapter sa décision à la situation et à l’autre qui partage sa vie.  Pour le sociologue la tension entre le moi individuel et l’autre est le résultat de l’évolution de la société. Chacun se trouve dans la situation paradoxale de vouloir s’épanouir en tant qu’individu et de rechercher la compagnie de l’autre. Ce conflit se retrouve selon lui, dans toutes les sphères de la vie sociale et à différents âges.  François de Singly explique les séparations de couples par la volonté de « élancer le balancier dans l’autre sens, pour croire que l’on est capable de se passer d’autrui, que le soi n’appartient qu’à soi ».

C’est donc tout l’enjeu de trouver un équilibre entre par exemple « regarder un programme TV , sans intérêt simplement pour faire plaisir à l’autre », faire plaisir à l’autre. Comme il le souligne, la vie de couple « n’est ni improvisation, ni routine. Surprise et habitude coexistent » en permanence.

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Savoir aimer en accord avec son temps

Serge Chaumier parle de « couple fissionnel » qui s’oppose au « couple fusionnel » du modèle traditionnel de famille. Selon ce sociologue, la société contemporaine dans son évolution a modifié l’amour romantique. Il explique que les ruptures, les amours successifs, les différentes formes d’unions, l’amour libre, plusieurs amours et expériences plurielles traduisent le modèle social moderne. Et c’est parce que l’amour est impossible ; résultat de l’évolution sociale qu’il est « rendu » précieux aux yeux des amoureux.

Chaumier plaide pour un Nouvel art d’aimer* où le couple est animé par le désir d’indépendance se nourrissant et s’enrichissant sans cesse de la découverte de l’un et l’autre. Pour lui, l’amour fusionnel ou passionnel est un modèle qui prône l’amour durable où chacun des conjoints vit sans déroger l’indépendance de l’un et l’autre : « une façon de duper l’autre ».

Des psychanalystes comme Philippe Brenot considèrent que le couple fusionnel reproduirait des rejets connus dans l’enfance et seraient « en demande excessive d’amour et à la recherche d’affection qu’ils ne trouvent pas en eux ».

Si le modèle fusionnel n’est plus d’actualité comme le suggèrent les analyses de de Singly, Chaumier, Brenot, comment redéfinir le concept même de fidélité et peut-on croire encore à l’amour ?

Exaltée au temps des romantiques, l’idée de fusion du couple ne fait plus recette

Pour nombre de psychothérapeutes et sociologues, l’amour fusionnel est un modèle du passé et c’est tant mieux.  L’idée de deux personnes qui, lorsqu’elles se rencontrent et tombent follement amoureuses pour l’éternité fait partie d’un mythe qui nuirait à de saines relations amoureuses. Certes l’amour passion existe et heureusement, mais d’un autre côté une vraie relation amoureuse doit se décomposer en une relation de séduction régulièrement renouvelée. Selon le psychologue Gérard Apfeldorfer, il faut enchanter et subjuguer l’autre pour entretenir le désir. La relation durable est construite sur l’empathie et la compréhension de l’autre. Elle passe par la création de petits rituels intimes, d’aventures et de partages.

Et pour reprendre une citation de François de Singly, la vie de couple suppose «  le plaisir de passer d’une relation à une autre non pas dans le sens de plusieurs relations amoureuses mais d’aller et venir dans sa relation amoureuse ». Il précise qu’il est possible de vivre avec une personne deux vies. L’une ensemble et l’autre en cultivant ses goûts propres tout en préservant son espace.

* « L’amour fissionnel : Le nouvel art d’aimer » de Serge Chaumier aux éditions Fayard

 

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